Histoire

Le génocide Arménien

«Le génocide des Arméniens, c'est non seulement la tragédie de notre peuple mais aussi un crime d'ampleur mondiale contre la civilisation et l'humanité», avait déclaré l’ancien président arménien, Serge Sarkissian, le 24 avril 2015.

Le génocide arménien, bien qu'ayant eu lieu il ya plus d'un siècle, continue d'avoir des répercussions importantes aujourd'hui, tant au niveau de la mémoire collective que des relations internationales. Les tensions persistantes en raison du refus turc de reconnaître formellement les événements de 1915 comme un génocide, alimente ainsi un sentiment d'injustice chez les Arméniens.

Les atrocités commises lors du génocide arménien sont difficilement concevables.Le génocide arménien s'est déroulé en plusieurs étapes brutales : d'abord, des déportations forcées massives ont exposé les Arméniens à des conditions inhumaines lors de longues marches de la mort vers des camps de concentration. Ensuite, des massacres de masse, des conversions forcées à l'islam et des violences sexuelles ont visé à anéantir la culture et l'identité arméniennes. Les autorités ottomanes ont évité les déportations massives dans les villes d'Istanbul et d'Izmir pour dissimuler leurs crimes et tirer profit de la valeur économique des Arméniens.

A l'époque, le mot génocide n'existait pas. Le terme « génocide arménien » fait référence à l'annihilation physique des chrétiens arméniens dans l'Empire ottoman en 1915, marquant ainsi l'origine du terme « génocide » par l’avocat Raphael Lemkin et sa codification en droit international, lors de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide par les Nations unies le 9 décembre 1948 à Paris, en France.

Aujourd'hui encore, la reconnaissance de cet événement demeure un sujet de controverse politique et historique, soulignant ainsi l'importance de comprendre son contexte et ses implications pour garantir la justice et la mémoire collective. Les Arméniens appellent ces événements Medz Yeghern (le grand crime)

Nous allons donc voir, Comment le génocide arménien, bien qu'ayant eu lieu il y a plus d'un siècle, continue-t-il à façonner la mémoire collective et les relations diplomatiques ?

Pour répondre à notre problématique, nous aborderons d'abord le contexte historique et le déroulement du génocide arménien, puis, nous analyserons les conséquences du génocide et son impact sur les relations internationales . et enfin, nous examinerons comment les Arméniens mènent la lutte pour la mémoire et la reconnaissance internationale de ce génocide.

Partie I: contexte historique et le déroulement du génocide arménien.

Au début du 20e siècle, l'Empire ottoman, en plein déclin, était confronté à des tensions ethniques et politiques croissantes. Les Arméniens, une minorité chrétienne, étaient perçus comme une menace par le gouvernement ottoman. Le Comité Union et Progrès (CUP), ou Jeunes Turcs, un mouvement nationaliste ayant pris le pouvoir en 1908, a radicalisé ses positions sous la direction du triumvirat de 1913, composé de Mehmed Talaat Pacha, Ismail Enver Pacha et Ahmed Djemal Pacha. Leur objectif, était d’éliminer un peuple présent sur ces terres depuis des siècles pour constituer les bases d’un État-nation essentiellement turc et musulman.

Le 24 avril est commémoré comme le début du génocide arménien. À partir de cette date en 1915, 300 leaders, écrivains, penseurs et professionnels arméniens de Constantinople ont été arrêtés, déportés et exécutés par décapitation. En même temps, 5 000 des Arméniens les plus pauvres ont été massacrés dans leurs maisons et dans les rues. Les Arméniens ont été torturés, massacrés et affamés, leurs villages brûlés, et des églises, avec des personnes rassemblées à l'intérieur, ont été brûlées vivant. La majorité a été envoyée dans le désert syrien pour mourir de soif et de faim après avoir été expulsée de force d'Arménie et d'Anatolie. Sur les 2 000 000 d'Arméniens vivant en Arménie occidentale, 1 500 000 ont été tués.

La plupart d'entre eux ont également été contraints de changer de nom, et ces Arméniens en Turquie vivent avec de fausses identités, dans un environnement trompeur et avec des vies fictives. Un génocide, non reconnu par ses auteurs, est considéré comme une plaisanterie ou comme une partie de leur histoire dont ils peuvent être fiers. Comme ils le disent : "Nous n'avons pas commis de génocide, mais ils le méritaient de toute façon et nous le referions." En Turquie, même l'utilisation du mot "génocide" pour décrire ces massacres est illégale et conduit immédiatement l'utilisateur en prison.

La République turque, volontairement, a tout mis en œuvre, depuis sa création en 1920, pour effacer cette mémoire : une véritable politique de l’oubli régit toutes les institutions de l’État, et produit ses effets jusque dans la mentalité des citoyens.

Plus d'un siècle après les faits, seulement, 33 pays reconnaissent sous une forme ou une autre le génocide, mais il a fallu attendre plusieurs décennies avant que ce mouvement ne soit engagé. Maintenant nous allons voir les concéquences de ce génocide.

Partie II: les conséquences du génocide et son impact sur les relations internationales .

La bataille de la mémoire est directement liée à celle pour la reconnaissance du génocide, un processus qui a véritablement démarré en 1965, quand les descendants des rescapés ont commencé à sortir du silence. Le point de bascule se produit au moment du 50e anniversaire le 24 avril 1965. Environ 1 million de personnes manifestent à Erevan pour réclamer la reconnaissance du génocide et la reconstitution des biens et des terres.

Raphael Lemkin était choqué par la décision britannique de libérer les Turcs responsables de l’extermination des Arméniens lors des procès de Malte, qui se sont déroulés entre 1919 et 1921. “Tuer un million d’hommes n’est pas crime alors que l’assassinat d’une seule personne l’est”. Cela reflète son indignation face à l'impunité des responsables du massacre des Arméniens. Elle met en lumière l'urgence de reconnaître et de prévenir de tels crimes contre l'humanité.

De même le génocide arménien à influencé des dirigeants tel que Hitler le 22 août 1939, : “qui se souvient de l'extermination des Arméniens?”juste avant l’invasion de la Pologne . Cette citation très célèbre montre ainsi l’impact de cette tragédie. Pour lui, l'extermination des Arméniens représentait un modèle à suivre dans sa propre quête de la "Solution finale". Il utilisait cet exemple dans le but d’illustrer la possibilité d'effectuer des actions similaires sans craindre de représailles ou de condamnation de la part de la communauté internationale.

l’objectif des Arméniens est également de condamner le silence des nations. Et il est vrai qu’avec la colère arménienne, le monde redecouvre le génocide. C’est le 18 juin 1987, le Parlement européen reconnaît le génocide arménien.

De plus, le refus de cette reconnaissance par la Turquie constitue un obstacle à son entrée dans la communauté européenne. la France quant à elle a reconnu publiquement le génocide arménien dans la loi du 29 janvier 2001.

En 2006, alors que ces archives avaient été numérisées sous la pression européenne, le conseil de sécurité nationale de Turquie à considérer que leur mise en ligne et leur accès aux chercheurs étaient une menace pour la sécurité nationale turque: elle suscite un peur tenace.

Si l'ouverture complète des archives ottomanes pose encore problème au gouvernement turc actuel, c'est que les réalités du génocide remettent en cause l'identité même de la Turquie. D’après la revue “l'HISTOIRE” d’après l'historien Raymond H. Kévorkian.

Cette négation d'État est difficile à supporter pour les arméniens. Ce qui est terrible, c'est que dans les manuels d'histoire turcs, on trouve l'histoire inverse, «les Arméniens qui massacrent des Turcs». Alors que tous les historiens du monde entier affirment d'une manière indiscutable qu'il s'agit d'un génocide. De plus, ce qui se passe aujourd'hui nous interpelle toujours : les chrétiens d'orient sont menacés.
Et le mémorial du génocide arménien, qui se trouvait en Syrie à Der-es-Zor, a été dynamité par Daesh, qui a également détruit les quartiers arméniens d'Alep en Syrie.

Sur la scène internationale, la reconnaissance du génocide arménien est devenue un enjeu majeur, entraînant des répercussions significatives sur les relations entre plusieurs pays et la Turquie. Cette question est également débattue au sein d'organisations internationales telles que l'ONU et le Parlement européen.

En tant qu'alliée de longue date de l'OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique Nord), la Turquie occupe une position stratégique essentielle dans les intérêts géopolitiques américains au Moyen-Orient. Cependant, malgré l'importante diaspora arménienne comptant plus d'un million de membres aux États-Unis, la reconnaissance officielle du génocide arménien par les États-Unis n'a eu lieu que récemment, le 24 avril 2021.

À l'échelle régionale, la question territoriale du Haut-Karabakh, revendiquée par l'Arménie, intensifie les tensions préexistantes entre les deux pays. La Turquie soutient fermement l'Azerbaïdjan en raison de leurs liens culturels et historiques étroits, ce qui complique davantage les relations turco-arméniennes.

Malgré les efforts diplomatiques internationaux pour trouver une solution pacifique, ce conflit perdure. Le 19 septembre 2023, l'Azerbaïdjan a lancé une intervention militaire pour reprendre le contrôle du Haut-Karabakh, entraînant le déplacement forcé de 100 000 Arméniens vers l'Arménie. Ankara s'est fermement engagée aux côtés de l'Azerbaïdjan, en fournissant des armes et des mercenaires.
Parallèlement, l'Azerbaïdjan achète des armes à Israël, suscitant des inquiétudes chez les voisins tels que l'Iran, qui craint que cela ne transforme l'Azerbaïdjan en un point d'observation pour Israël.

En résumé, ce qu’il faut comprendre, c’est que le génocide arménien n’a pas seulement signifié l’extermination physique des Arméniens: c’est bel et bien sur la base de cette extermination qu’une nouvelle socitété a été édifiéee.

Pour finir nous allons voir comment les Arméniens mènent la lutte pour la mémoire et la reconnaissance internationale de ce génocide.

Partie III: comment les Arméniens mènent la lutte pour la mémoire et la reconnaissance internationale de ce génocide,

Pour finir, les conséquences à long terme du génocide arménien sont profondes et dévastatrices. Une grande partie de la population arménienne a été exterminée, et ceux qui ont survécu ont été traumatisés à jamais. La diaspora arménienne s'est répandue à travers le monde, portant avec elle le poids de l'histoire et la quête de justice pour les victimes. De plus, la mémoire collective de cette tragédie continue de façonner les identités et les revendications des Arméniens à travers le monde.

J’ai choisi de parler du génocide Arménien car moi même je suis Arménienne et pour moi c’est important de dénoncer les conditions de vie de mon peuple et plus tard je souhaîterai faire de la politique dans le but d’apporter une voix et que les Arméniens puissent être enfin écouter et aidé. (chaque famille arméniens a une histoire à raconter sur le génocide arménien)

Par ailleurs, la diaspora a été longtemps conçue comme un phénomène transitoire dans l’espérance du retour dans la mère-patrie. Les descendants des survivants, au sein de la diaspora ont gardé la mémoire de cette tragédie.

Églises, écoles, associations multiples, partis politiques historiques et de nombreuses presse ont structuré les communautés avec un objectif avant tout conservateur: le maintien de l'Arménité par la transmission de la langue, de la culture et de la mémoire.

La communauté arménienne de Marseille est l’une des plus importants de France avec 80 000 prs d’origine arménienne ( 450 000 en France). Sauvegarder et transmettre l’histoire des Arméniens et la diaspora, tel est l'objectif de l’archivage de la mémoire arménienne (Aram), fondée à Marseille en 1997 par Jean Garbis Artin, militant de la cause arménienne.

C'est un sujet dont on parle beaucoup, dans les familles, pour entretenir le devoir de mémoire et rappeler ce qu'il y a eu d'indicible. Et le fait que la Turquie ne reconnaisse pas ce génocide empêche de faire totalement le travail de deuil.
Composée de bénévoles, L’Aram collecte, archive et sauvegarde tous les documents relatifs aux Arméniens, à l’Arménie et à la diaspora arménienne en France (livres, cartes, papiers témoignages, journaux, photographies).

Chavarche Missakian, un rescapé du génocide arménien, a dirigé le premier journal arménien en Europe, fondé à Paris en 1925. En 1945, lors de la création du terme "génocide" par Lemkin, Missakian a souligné que les Arméniens ont également enduré un sort similaire, mais que cela n'a été considéré que comme un "crime de guerre", avec un plan préconçu pour anéantir un peuple sans défense pendant la Première Guerre mondiale. Cette perspective soulève des questions sur le rôle des juristes et des juges de l'époque dans la reconnaissance et la prévention de telles atrocités.

Le journal Agos, fondé en 1996 par Hrant Dink, était une voix majeure pour la communauté arménienne en Turquie, favorisant le dialogue interculturel. L’association organise aussi de nombreux échanges et manifestations sur l’histoire arménienne comme à l'international( même en Turquie)
Dink, rédacteur en chef, était un fervent défenseur des droits de l'homme et de la réconciliation entre les communautés turque et arménienne, prônant la reconnaissance du génocide arménien. Son assassinat en 2007 par un nationaliste turc a choqué la Turquie et le monde, soulignant les tensions sociales et les défis pour les minorités. Cependant, cela a renforcé la détermination des militants des droits de l'homme à poursuivre le combat pour la justice et la réconciliation.

L'Arménie a subi d'énormes pertes, perdant son État. Tous les biens, y compris les biens des communautés religieuses, ont été volés. En Turquie, les Arméniens sont purement effacés de l’histoire et de la mémoire nationale. Les traces de la présence arménienne ont été délibérément détruites, effaçant ainsi toute mémoire.

En conclusion, le génocide arménien demeure une blessure ouverte dans l'histoire de l'humanité, rappelant la fragilité des droits humains et la nécessité de prévenir de futurs génocides. Il est impératif de reconnaître et de commémorer ce génocide, tout en œuvrant pour une justice et une éducation sur les atrocités du passé. Se souvenir du génocide arménien, c'est honorer la mémoire des innocents, mais c'est aussi un engagement envers un avenir de tolérance, de paix et de respect mutuel.

Récemment, le 21 février 2024, Missak Manouchian et sa femme Mélinée ont été honorés d'une entrée au Panthéon. Tous deux étaient des résistants communistes, leurs parents ont été victimes du génocide arménien.

Article écrit par MARIA HADI.

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